L’art & la Culture Espagnole a Canet en Roussillon
Le Jindama Festival a fait vibrer Canet‑en‑Roussillon pendant trois jours, comme une grande respiration venue d’Espagne, un souffle de danse, de mémoire et de partage qui a traversé le Théâtre Jean Piat, ainsi que le Clap Ciné et tous ceux qui y ont participé.
Tout a commencé le vendredi après‑midi avec un moment d’une humanité bouleversante : le spectacle de danse porté par les jeunes adultes de l’UNAPEI 66, accompagnés par Johanna Modica Ruta. Ils ont répété des semaines durant, cherché les gestes, apprivoisé les rythmes, appréhendé la scène, et lorsqu’ils sont entrés sous les projecteurs, quelque chose de rare s’est produit. Une sincérité brute, une beauté simple, une synchronisation étonnante, un public debout, touché en plein cœur. Le flamenco, ce jour‑là, n’était pas une performance : c’était un langage commun.
La journée s’est poursuivie dans un tout autre registre mais avec la même intensité, lors de la rencontre littéraire avec Santiago Mendieta. L’auteur a partagé ses recherches sur la guerre d’Espagne, les mémoires enfouies, les récits retrouvés, les zones d’ombre du franquisme et les échos politiques qui résonnent encore aujourd’hui. Le public a écouté, questionné, débattu. On sentait que chacun repartait avec quelque chose de plus lourd, mais aussi de plus clair : une compréhension plus fine de ce passé qui continue de traverser les familles, les frontières et les générations.
Puis, dans le hall du théâtre, l’atmosphère s’est adoucie avec le vernissage de l’exposition d’Anny Lordat, consacrée à la culture gitane. Ses photographies, sensibles et lumineuses, racontent un peuple souvent caricaturé mais rarement regardé avec autant de respect. Les visiteurs se sont attardés et ont discuté avec l’artiste. Ils ont découvert des visages, des gestes, des scènes de vie qui disent la dignité et la force d’une communauté.
La soirée s’est prolongée avec la conférence dansée de Belén Maya, qui a offert au public un moment d’une grande finesse artistique. Alternant parole et mouvement, la danseuse a dévoilé un flamenco introspectif, loin des clichés, où chaque geste semblait prolonger une idée ou une émotion. Sa présence, à la fois sobre et intense, a permis de comprendre cet art comme une manière d’exprimer le doute, la mémoire et l’élan vital. Le public, attentif du début à la fin, a salué une proposition rare, mêlant réflexion et performance avec une justesse remarquable..
Le samedi matin, l’énergie a changé de tempo. Macarena de Jerez a ouvert la journée avec un atelier de chant qui a réuni une trentaine de participants. Sa voix, sa générosité, son humour, sa façon de transmettre les vocalises essentielles du flamenco ont créé une ambiance chaleureuse, presque familiale. La guitare en direct ajoutait une profondeur qui a enveloppait tout le monde. On apprenait, on riait, on se trompait, on recommençait, et c’était exactement l’esprit du festival : apprendre ensemble, sans jugement et avec plaisir.
L’atelier de danse qui a suivi a rassemblé près d’une cinquantaine de personnes, débutants et confirmés mélangés, tous embarqués dans la Macarena de Jerez. Dans ce cour les pas andalous ont provoqué quelques fous rires, beaucoup de complicité et un vrai sentiment de cohésion. On voyait des inconnus se sourire, s’encourager, se corriger, comme si la danse avait effacé les distances.
En fin d’après‑midi, tout le monde s’est retrouvé dans le hall du Théâtre Jean Piat pour partager un verre, discuter tout en savourant des spécialités ibériques tel que tortillas fondantes, manchego parfumé, jambon tranché finement qui rappelaient que la culture Espagnole passe aussi par la table. L’ambiance était douce, conviviale, presque festive avant même que la soirée ne commence.
Enfin, pour entamer la soirée la Macarena de Jerez est montée sur scène. Sa voix a rempli la salle d’une intensité presque irréelle. Elle chantait comme on respire ou comme l’on raconte une histoire, comme si l’on ouvrait une porte sur l’Andalousie. Le public était suspendu à chaque note, transporté et ému.
Ce fut ensuite le tour de Los Graciosos avec leur énergie solaire, mélangeant rumba, flamenco et chants populaires gitans. Les rythmes ont envahi la salle, les corps ont suivi, et la soirée s’est transformée en un moment de joie pure, de danse et de partage. Une parenthèse lumineuse que beaucoup auraient voulu prolonger encore.
Le dimanche, pour refermer ce voyage, le Clap Ciné a projeté le film Impulso, un documentaire qui suit la danseuse Rocío Molina dans un moment clé de sa création. Le public a découvert la fragilité, la force, le doute, l’élan, tout ce qui précède la scène et que l’on ne voit jamais. Une manière de terminer le festival en douceur mais aussi avec profondeur et réflexion. Comme un dernier regard sur ce que la danse peut dire du monde.
Ainsi s’est refermée cette édition du Jindama Festival, trois jours de chaleur, de solidarité, de culture et d’émotions partagées. Trois jours où le Théâtre Jean Piat et le Clap Ciné ont été les cœurs battants d’un voyage espagnol vibrant et généreux. Trois jours qui rappellent que la culture, lorsqu’elle est vécue ensemble, devient un lien, une force, une joie simple et essentielle. Et nous avons pu entendre dans les conversations qui traînaient à la sortie, la même phrase revenir « vivement la prochaine édition ».
Photo journaliste : Stéphane Hémard
Organisme de presse : Xyloscope
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