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À l’occasion de la 38e édition de Visa pour l’Image, une exposition met en lumière le parcours singulier d’Étienne Montès. Un destin partagé entre les grands bouleversements du monde et l’attachement profond à sa terre catalane.

Avant d’être reconnu comme l’un des témoins privilégiés des conflits et révolutions de la fin du XXe siècle, Étienne Montès découvre la vie à plusieurs milliers de kilomètres du Roussillon. Né à Madagascar, où son père exerce des fonctions au sein de l’administration française d’outre-mer, il revient ensuite en Catalogne nord. Entre les ruelles populaires du quartier Saint-Mathieu de Perpignan et les paysages de la propriété familiale de La Casenove, près de Trouillas, ou il se forge déjà un regard attentif au monde qui l’entoure.

Ces vacances passées au milieu des vignes, sous la silhouette du Canigou, marquent profondément son enfance. C’est dans cet univers rural qu’il fait ses premiers pas dans la photographie. Sous un escalier transformé en laboratoire improvisé, il expérimente le développement argentique grâce au matériel de son grand-père. Une passion est née.

Au début des années 1970, il débute comme photographe de presse. L’une de ses premières affaires d’envergure est celle qui secoue alors la région : le drame du jeune aristocrate Portal. Retranché dans sa propriété familiale au cœur d’un conflit patrimonial, l’homme défie les autorités avant d’être finalement abattu par les forces de l’ordre. Étienne Montès réalise alors une image devenue emblématique, saisissant le protagoniste armé et déterminé, quelques heures avant l’issue tragique du face-à-face.

Puis la disparition de Franco ouvre une nouvelle page en Espagne et les revendications politiques se multiplient aussi bien en Catalogne qu’au Pays basque. Le jeune photographe suit ces mouvements sociaux, tout comme les mobilisations paysannes qui traversent la France des années 1970.

Mais c’est en Amérique centrale qu’il va véritablement construire sa réputation. En 1979, il rejoint le Nicaragua, alors en pleine révolution contre le régime de Somoza. Il est témoin des événements qui bouleversent le pays et suit les combattants engagés dans cette lutte qui passionne alors l’opinion internationale. Son appareil photo l’amène ensuite au Salvador, au Guatemala, au Chili et dans d’autres régions secouées par les conflits politiques.

Ses images ne se limitent jamais à documenter les événements. Elles s’attachent surtout aux femmes, aux hommes et aux enfants qui les subissent. Au milieu des combats, des manifestations ou des scènes de répression, il cherche les regards, les gestes et les émotions qui racontent l’humanité derrière l’actualité.

Ce sens du récit visuel attire rapidement l’attention de grands titres internationaux comme Time ou Newsweek, qui publient régulièrement ses reportages. Pourtant, derrière les couvertures prestigieuses se cache une réalité souvent douloureuse. En Amérique centrale, Étienne Montès est confronté à la violence quotidienne des guerres civiles et des dictatures militaires. Il photographie la peur, le deuil et les conséquences humaines de la répression.

Certaines scènes resteront gravées dans sa mémoire. Des familles cherchant un proche disparu, des enfants devenus orphelins, des populations vivant dans une extrême précarité. À travers chacune de ses photographies apparaît la même volonté : témoigner sans détour mais avec respect de la dignité des personnes rencontrées.

Les années 1980 le conduisent également dans les métropoles en pleine mutation. À New York, il observe l’émergence de la culture hip-hop naissante. À Madrid, il immortalise l’effervescence artistique de la Movida. Entre deux reportages, il couvre aussi des crises politiques en Afrique, en Irlande ou ailleurs, poursuivant inlassablement cette quête d’images porteuses de sens.

Malgré cette vie menée aux quatre coins du monde, le Roussillon demeure son point d’ancrage. Chaque fin d’été, il revient à La Casenove pour participer aux vendanges. Ce lien avec sa terre natale ne se rompra jamais.

En 1987, après plus d’une décennie passée sur les terrains les plus sensibles de la planète, il choisit de tourner une page. Il abandonne le photojournalisme international pour se consacrer entièrement au domaine familial. Avec la même exigence que celle qui guidait son travail de reporter, il transforme progressivement l’exploitation viticole en une référence reconnue des vins du Roussillon.

L’exposition présentée aujourd’hui permet de redécouvrir cette première existence, celle du photographe de guerre et grand reporter. À travers une sélection de clichés rarement montrés au public, elle révèle le regard d’un homme qui, avant de raconter son terroir, a consacré de nombreuses années à raconter le monde.

Stéphane Hémard
Photojournaliste

Organisme de presse : Xyloscope

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Auteur/autrice

contact@xyloscope.org

Fondée en 2012, l'association XYLOSCOPE œuvre à la promotion de la culture locale à travers l'image, l'audiovisuel et l'imagerie aérienne. Elle organise des formations, accompagne des événements culturels et valorise les talents du territoire grâce à l'expérience de professionnels passionnés.

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